Les études de cas ne sont pas des essais cliniques. Elles ne prouvent pas de relation de cause à effet. Elles peuvent toutefois fournir des informations précieuses et orienter les recherches futures. L’histoire d’Emily en est un bel exemple.
L’histoire d’Emily
Emily est une femme de 45 ans qui a souffert pendant des années d’infections fongiques récurrentes des ongles des pieds. L’approche classique était toujours la même : appliquer un produit antifongique local sur l’ongle atteint. Ce processus demande beaucoup de patience, car les ongles des pieds poussent lentement et il faut souvent plusieurs mois, voire jusqu’à un an, pour qu’un ongle sain repousse complètement.
Bien que le traitement apporte une amélioration temporaire, le problème revenait sans cesse. De plus, les infections fongiques n’étaient pas son seul problème de santé. Emily décrivait son état de santé général comme « loin d’être optimal ». Elle souffrait régulièrement de problèmes de peau, de pertes de cheveux fréquentes et avait le sentiment d’être déséquilibrée depuis longtemps.
À la recherche d’une approche plus globale, elle a commencé à prendre un complément contenant une combinaison de cinq oligosaccharides du lait humain (HMO) différents. Ce qui l’a immédiatement frappée, c’est que la sensation de picotement et d’irritation dans ses orteils a complètement disparu en quelques jours seulement.
Au cours des semaines et des mois qui ont suivi, elle a également constaté d’autres changements. Ses ongles semblaient pousser plus rapidement, sa perte de cheveux diminuait et son bien-être général s’améliorait de manière notable.
Que pouvons-nous apprendre de ce cas?
Avant tout, il est important de rester prudent. Un seul cas ne prouve pas que les HMO peuvent guérir ou prévenir les infections fongiques. Différents facteurs peuvent avoir contribué aux améliorations observées, et tous n’ont pas été pleinement identifiés.
Néanmoins, cette observation est intéressante car elle s’inscrit dans un intérêt scientifique croissant pour le rôle des HMO au-delà de la petite enfance. Les HMO ont traditionnellement été étudiés pour leur capacité à soutenir le microbiote intestinal, mais les chercheurs découvrent de plus en plus d’effets potentiels sur la fonction immunitaire, l’intégrité de la barrière intestinale et l’équilibre microbien.
Ce cas suggère que les HMO pourraient également être pertinents dans les situations où un déséquilibre microbien, y compris une prolifération fongique, joue un rôle.
Que dit la science sur les HMO et les champignons?
La recherche dans ce domaine en est encore à ses débuts et repose principalement sur des études précliniques.
Les preuves directes les plus solides proviennent des recherches sur Candida albicans, une levure courante qui peut provoquer des problèmes de santé lorsqu’elle prolifère de manière excessive. Une étude publiée en 2015 a montré qu’un mélange de HMO réduisait la capacité de Candida albicans à envahir les cellules épithéliales intestinales (Gonia et al., 2015). Cela suggère que les HMO pourraient contribuer à protéger la barrière intestinale contre l’invasion fongique.
D’autres revues scientifiques ont également décrit des effets inhibiteurs des HMO sur Candida albicans, principalement via des mécanismes réduisant l’adhésion du champignon aux cellules de l’hôte et soutenant l’intégrité de la barrière intestinale (Triantis et al., 2018).
Mécanismes d’action potentiels
Les chercheurs ont proposé plusieurs mécanismes susceptibles d’expliquer les effets des HMO:
Les HMO peuvent agir comme des « récepteurs leurres » (decoy receptors), rendant plus difficile l’adhésion des agents pathogènes aux cellules de l’hôte.
Ils favorisent la croissance de bactéries intestinales bénéfiques, notamment les bifidobactéries, qui contribuent à un équilibre microbien sain.
Ils peuvent renforcer la barrière intestinale et influencer certaines fonctions immunitaires.
Grâce à ces effets indirects, ils pourraient contribuer à créer un environnement moins favorable à une croissance fongique indésirable.
Bien que ces mécanismes soient biologiquement plausibles, ils doivent encore être étudiés davantage dans des études chez l’être humain.

Un indice intéressant, mais pas une preuve
L’histoire d’Emily ne prouve pas que les HMO traitent les infections fongiques. Elle suggère toutefois qu’il pourrait y avoir davantage en jeu que la simple infection locale. Les améliorations observées ne concernaient pas uniquement ses ongles des pieds, mais également d’autres aspects de sa santé, notamment sa peau, sa perte de cheveux et son bien-être général.
Des observations comme celle-ci sont précieuses car elles soulèvent de nouvelles questions de recherche. Elles nous aident à mieux comprendre dans quels contextes les HMO pourraient jouer un rôle et quelles applications potentielles méritent d’être explorées davantage.
L’histoire d’Emily n’est donc pas une conclusion, mais plutôt un indice intéressant, susceptible d’ouvrir de nouvelles perspectives sur le rôle des HMO dans la santé des adultes.
Références
Gonia, Sara, Michele Tuepker, Timothy Heisel, Chloe Autran, Lars Bode, en Cheryl A. Gale. 2015. “Human Milk Oligosaccharides Inhibit Candida Albicans Invasion of Human Premature Intestinal Epithelial Cells”. The Journal of Nutrition 145 (9): 1992-98. https://doi.org/10.3945/jn.115.214940.
Triantis, Vassilis, Lars Bode, en R. J. Joost van Neerven. 2018. “Immunological Effects of Human Milk Oligosaccharides”. Frontiers in Pediatrics 6 (juli). https://doi.org/10.3389/fped.2018.00190.